Le cloître

Le Cloître

 Les lieux dans lesquels nous avons le plaisir de vous recevoir aujourd’hui sont chargés d’histoire.

 Au gré de quelques évènements et de quelques dates, nous allons évoquer, le fabuleux destin de notre modeste village.

 Tout a commencé, selon les légendes, entre le II ème et le Vème siècle après JC.

Papoul, disciple de Saturnin, plus connu sous le nom de St Sernin, fût décapité dans le vallon des Arnouls. Papoul prît lui-même sa tête dans ses mains et la déposa sur le sol. A cet endroit jaillit une source. Une chapelle y fût édifiée. Elle existe encore aujourd’hui au lieu dit l’Ermitage. Plus tard, c’est un monastère qui vit le jour à trois kilomètres de là, sur l’emplacement de ce cloître où nous nous trouvons en ce moment.

 L’origine du nom de Papoul a fait l’objet de nombreuses suppositions voire d’élucubrations. En voici quelques exemples : poulet du pasteur, poulet bien nourri ou encore pauvre poulet. Je ne résiste pas à vous donner ma version, toute personnelle : dans notre pays, en occitan lorsqu’on parle de quelqu’un à qui il est arrivé malheur, on dit lé paouré… le pauvre en français. Notre Papoul qui en fait devait se nommer Paul avait, quant à lui, perdu sa tête. On peut comprendre que ses voisins, ses amis, ses parents aient pu dire « lé paouré » ou encore « le paouré Paul » qui est devenu avec le temps et par contraction… Papoul. C’est peut-être aussi simple que ça !

 La première date qui officialise l’abbaye de St Papoul, est l’an 817, Charlemagne puis son fils, Louis le Pieux en fixèrent les règles, celles de l’ordre de St Benoit. La 1ère classe de cet ordre devait fournir des présents et une milice à l’empereur, la seconde des présents uniquement et la troisième dans laquelle se trouvait le monastère de St Papoul, instituait que cette catégorie devait prier pour l’empereur.

Un autre moine du nom de Béranger fût honoré à St Papoul dès 1093 ; en son temps il était aussi célèbre que Papoul. Il devint saint par la suite.

En 1317, le pape Jean XXII érige Toulouse en archevêché et St Papoul comme six autre villes en diocèse supplémentaire.

St Papoul restera évêché jusqu’en 1790.

Les premières traces de ce cloître dont l’histoire dispose, datent du début du XIVème siècle soit à l’époque de l’érection du monastère en évêché. Mais l’analyse de certains éléments montre qu’il devait exister avant. Il faut savoir que les cloîtres étaient des lieux privilégiés pour accueillir des sépultures à l’intérieur des abbayes. Les épitaphes y indiquaient un lieu d’inhumation.

Dans la galerie Nord, il en subsiste deux : une concernant l’abbé Ulric ou Olric au XIIème siècle, une autre concernant  le seigneur Géraud ancien abbé de St Papoul  en 1255.

Par ailleurs une donation en contrepartie d’une inhumation « in claustro » confirme que le cloître existait en 1233.

D’autres éléments manuscrits nous enseignent que le cloître fût remanié et agrandi dès que St Papoul fût érigé en évêché.

Au cours de la seconde moitié du XIVème siècle et jusqu’en 1427, St Papoul subit successivement, la peste noire, le pillage par des compagnies de routiers et  plus tard par les Bourguignons ou même et encore par un abbé insurgé contre son évêque et pour finir un tremblement de terre en 1426.

De grands travaux sont alors entrepris par Mgr de Soybert de 1427 à 1436, mais la fin du siècle voit à nouveau des dégradations. En 1499, des chevaux dorment le cloître qui fait donc office d’écurie.

En 1562, Mgr Antoine Marie de Salviati fait refaire les colonnes, qui jusqu’alors étaient en bois, et restaure les chapiteaux.

Puis les partisans d’Henri IV saccagent l’évêché tout entier en 1595.

Il fallut  attendre 1667 pour que les chanoines soient sécularisés dépendant donc du domaine laïc. Dès lors Mgr de Grammont de Lanta peut entreprendre de reconstruire le palais épiscopal, réparer l’église et le cloître.

Sous l’épiscopat de Mgr de Langle (1738-1774), le toit est refait. Il a maintenant un profil en V alors qu’il était à une pente, ce qui occasionna la mutilation de la salle capitulaire et de quatre enfeux.

En 1747, la porte d’entrée est refaite de même qu’une partie du voûtement du passage.

Ainsi jusqu’à la révolution, l’ensemble est entretenu.

Le 12 Juillet 1790, l’évêché est supprimé, l’église cathédrale devient paroissiale et le cloître entre dans le domaine public.

Au début du XIXème siècle, la municipalité a cependant le souci de l’entretenir : il sera classé aux monuments historiques en 1842.  

En 1843, à la demande de Prosper Mérimée alors inspecteur des MH, Viollet le Duc, bien que considérant l’ensemble du monument sans grand intérêt, présente un projet de restauration qui sera mené à terme en 1845. Ce projet prévoit :

- D’abord le déblaiement car le curé d’alors y avait fait ériger une montagne de terre sur laquelle il avait fait installer le tombeau de Mgr Donadieu

- Ensuite le détournement du Lymbe ou Lambe, le petit ruisseau qui passait de l’autre côté des murs et qui sera terminé en 1859. Cet ancien lit a été mis au jour lors des fouilles du « Pati » la place devant l’entrée, en septembre dernier

- Puis de refaire le toit et le pavement

- Enfin que les colonnes soient recrépies, sauf celles du Sud, et les chapiteaux érodés reformés au ciment.

L’ouverture de la porte qui communique avec l’accueil actuel de l’abbaye date de seulement quelques années.

 Le cloître a un rôle d’articulation entre les différents bâtiments et en facilite la circulation intérieure.

 Il s’appuie au Nord sur l’église abbatiale, au Sud sur les murs du palais épiscopal et à l’Est la salle capitulaire, actuelle sacristie. A l’Ouest, les caves et le cellier qui n’existent plus aujourd’hui.

Le cloître a une forme quadrangulaire et les galeries sont toutes de longueurs et de largeurs différentes. Elles comportent des arcades en plein cintre profilées de deux boudins qui reposent sur des colonnes jumelles supportant un tailloir mouluré.

Elles ont un pilier d’angle et un pilier central. Tous les piliers sont flanqués de chapiteaux doubles.

Dans la galerie Nord et Sud, on trouve 12 arcades, celle à l’Est 11 et celle à l’Ouest reconstruite au XIXème siècle, en comporte 10 dont six en plein cintre et 4 en anse de panier avec 3 piliers centraux.

Le cloître est en grès avec une particularité pour St Papoul, l’emploi de la brique pour les colonnes, qui étaient en pierre jusqu’en 1562.

Après le réaménagement de la toiture au XVIIIème siècle, les MH restaurent les galeries en 1966 pour leur redonner leur aspect originel.

 -Les galeries Ouest et Sud refaites en 1997  gardent partiellement leur profil en V.

- La salle capitulaire s’ouvre sur la galerie Est. Elle mesure 8,11 x 9,82. Elle est composée de 2 travées d’ogives quadripartites qui retombent sur des pilastres aux 4 coins de la pièce.

- Le baptistère est la petite pièce sur la galerie Nord. Elle mesure 4 m x 3,14. Il est inclus dans l’une des constructions les plus anciennes de l’évêché.

- Une autre particularité du cloître, c’est l’arc wisigothique dans l’angle Nord Ouest de la galerie Nord qui semble correspondre à l’arc triomphal d’une chapelle préromane. Une de ces chapelles très nombreuses dans notre département de l’Aude, datées des IX et Xème siècle. Ainsi cet arc triomphal serait la partie la plus ancienne du cloître.

 Les corbeilles des chapiteaux sont formées de minces cylindres qui s’élargissent sous le tailloir et se terminent par un disque en saillie. On peut les classer en fonction du décor sculpté et selon 3 grands thèmes : chapiteaux historiés, chapiteaux à décors végétaux, chapiteaux à décors animaliers.

 -         Les chapiteaux historiés : on les retrouve en face de la porte d’entrée pour être vus de tous. Ils racontent la vie et le martyr de St Papoul sans toutefois en respecter la chronologie. D’autres chapiteaux se retrouvent en face de la porte de l’église. Malgré qu’ils soient très détériorés, on peut y reconnaître l’adoration des mages. Par déduction historique, on peut penser que ces décors datent du premier gothique et d’un ancien cloître. Ils seraient donc postérieurs aux années 1260.

-         Les chapiteaux à décors végétaux : c’est la série la plus importante du cloître soit 26 chapiteaux doubles sur 51 qu’en comporte l’ensemble. On y trouve des feuilles de chêne, de vigne, de lierre et d’acanthe. Certains décors de la galerie Nord se retrouvent à l’abbaye de Villelongue distante d’une vingtaine de Km. D’autres chapiteaux, encore, ne datent pas de l’époque médiévale mais du XVIème siècle.

-         Les chapiteaux à décors animaliers : on en dénombre 10. Ces décors représentent des monstres hybrides à tête humaine. On retrouve ces mêmes monstres mais à tête d’animaux sur d’autre chapiteaux du cloître.

Le sculpteur semble avoir signé son œuvre par un détail : en effet,  chaque être sculpté possède de longues oreilles !

A l’angle Nord Ouest, on remarque deux chapiteaux décorés de personnages et de monstres très différents les uns des autres. Cette sculpture semble très archaïque.

Il existe aussi quelques chapiteaux à entre corbeilles sculptées : les corbeilles de ces chapiteaux sont réunies par un motif décoratif à tête humaine ou animale.

 Il semble que ce soient quatre sculpteurs qui se soient exprimés dans le cloître de St Papoul.

 Pour conclure, on peut dire que ce cloître est très représentatif de l’art gothique du Languedoc des premières années du XIVème siècle où émerge une sculpture de grande qualité.

Que ces lieux dédiés au silence de la prière et au calme de la méditation, vous inspirent et résonnent maintenant de vos chants les plus beaux.
 
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